Régine Dupaty, militante FO. De l’énergie positive au service des autres.

regine_dupaty_militanteFO 90_formation IRPA 43 ans, après une vie de petits boulots et à élever ses quatre enfants, Régine Dupaty est embauchée comme préparatrice de commandes dans l’entreprise Rapala VMC corporation. Nous sommes en 2009 et la société vient de s’installer en Territoire de Belfort, dans le village de Bourogne. Le nouvel établissement ne compte pas encore d’élu du personnel. Qu’à cela ne tienne : des élections sont organisées et c’est pour Régine, l’occasion de faire une entrée fracassante dans le syndicalisme.

Premières élections professionnelles : l’entreprise est assignée au tribunal

La préparatrice de commandes se souvient bien de ces premiers mois. « J’entendais autour de moi les salariés qui se plaignaient des conditions de travail. Ils disaient qu’il y avait des choses pas normales dans l’entreprise, qu’il fallait se défendre. Alors avec une collègue, on a décidé de créer une section syndicale, sans trop savoir où on allait. » Motivée mais un peu perdue face à sa nouvelle mission, Régine Dupaty débarque à l’UD FO 90, déclarant tout de go : « Aidez-moi : il me faut tout apprendre ! ». La réponse du secrétaire général de l’UD est de lui tendre un code du travail. Un geste à la fois symbolique et pragmatique qui marque la nouvelle recrue et lui fait comprendre ce que son engagement va impliquer comme investissement personnel. La section syndicale est créée, la liste établie et les élections organisées. Mais quand Régine arrive à l’union départementale, le procès-verbal de fin d’élections en main, les camarades l’alertent sur plusieurs erreurs.

Se faire épauler par des camarades

« Le formulaire Cerfa était malheureusement déjà signé et pour faire invalider les élections, il fallait aller au tribunal » explique Eric Peultier, alors secrétaire adjoint de l’union départementale Force ouvrière. Le procès est remporté facilement par les élus du personnel, mais Régine, toute nouvelle déléguée du personnel, doit à présent faire face à l’hostilité du directeur général, piqué au vif.
« J’ai tout de suite compris qu’il fallait que je me forme et que je me rapproche d’autres camarades FO pour apprendre plus vite ». Ce sont les syndicalistes de PSA Sochaux qui lui viennent en aide et lui transmettent les éléments de compréhension nécessaires pour être efficace dans ses mandats de déléguée syndicale, de déléguée du personnel et bientôt de secrétaire du comité d’entreprise. Seul inconvénient : les vocations ne sont pas nombreuses chez Rapala Bourogne et Régine porte presque à elle seule les différentes instances de l’entreprise.

Apprivoiser le directeur général et se former, sans cesse

Timorée au début, toujours modeste et prudente, Régine n’en est pas moins pugnace auprès de la direction. Elle écoute, constate, réclame, consulte, retient, vérifie… Puis, quand elle est bien renseignée et sûre de son fait, elle conteste, construit son argumentaire et n’en démord plus. Il faut dire que la déléguée du personnel est curieuse et avide d’apprendre. « J’aime ça. Depuis que je suis à Force ouvrière, j’ai fait toutes les formations possibles : formation CE, formation CHSCT, formation DP, formation sur l’égalité professionnelle, pour être défenseur syndical, des formations en droit, etc. »
Exécrable avec elle au début, le directeur la teste, la rembarre, la dénigre. Mais Régine tient bon, conforte sa position, révèle sa fermeté de caractère, son sens des responsabilités et lui montre peu à peu qu’elle est une interlocutrice à la hauteur. Elle parvient ainsi à négocier un accord sur le bien-être au travail et sur le droit à la déconnection, avant même la loi ; des formations en gestes et postures pendant les heures de travail, un 13e mois, etc.

Régine fait son petit bonhomme de chemin, épaulé par l’UD FO

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Régine Dupaty, Eric Peultier et Michelle Biaggi, secrétaire confédérale, au congrès de l’UD FO 90 en mars 2017.

« Régine a du mérite car elle est partie de zéro en se lançant dans un autre monde par la mise en place d’élections professionnelles, face à une direction que n’y connaissait pas grand-chose », commente Eric Peultier, camarade FO, trésorier de l’UD FO 90 et secrétaire du CE PSA Automobiles site de Sochaux.

« En se rapprochant de l’UD, elle a vu qu’elle n’était pas toute seule. Mais c’est aussi une autodidacte : elle a pris beaucoup d’informations par elle-même, elle se forme, elle participe à toutes les manifestations, elle sait se rendre disponible quand on a besoin d’elle… Bref, même si elle a encore beaucoup de choses à acquérir en syndicalisme, elle est autonome et fait son petit bonhomme de chemin. »


« Le directeur m’apprécie car il sait que je ne triche pas »

Avec son employeur désormais, les discussions sont teintes d’une certaine complicité, tout en ayant parfois une tonalité provocatrice. L’agressivité n’est plus de mise assure Régine Dupaty. « Il me respecte et m’apprécie car il a compris que j’étais là pour les salariés. Il voit bien que je suis renseignée, que je n’abuse jamais, que je ne triche pas. » Quand les « ordonnances Macron » sont publiées, le directeur fait venir un avocat pour en connaître les conséquences sur l’organisation de l’entreprise, mais Régine est déjà bien au courant et la discussion finit par s’installer directement entre le juriste et la déléguée syndicale, le directeur se retrouvant en retrait… Régine a su s’imposer par son autonomie et sa droiture. « J’ai parfois l’impression d’être une petite fille gâtée, parce que maintenant, il accepte presque tout ce que je propose ! »

Transmettre, montrer l’exemple et progresser

Sa faim de connaissances, Régine tente de la transmettre à ses collègues qu’elle incite à profiter du plan de formation de l’entreprise, en informatique ou en anglais. « Je suis autodidacte et depuis que je suis élue, je fais tout pour apprendre, avancer et bien défendre les intérêts de mes collègues. Je veux montrer aux autres que c’est possible, même à 52 ans ! ». Hyperactive, en plus de ses mandats dans l’entreprise, Régine est administratrice à la CAF, à la CPAM, suppléante à la Carsat, membre de l’Afoc (association syndicale FO pour la défense des consommateurs), secrétaire adjointe de l’union départementale du syndicat FO, conseillère du salarié et défenseure syndicale. Elle est aussi référente syndicale pour les jeunes du Territoire de Belfort.  Ce rôle lui tient particulièrement à cœur, elle qui regrette d’avoir arrêté l’école trop tôt : « Je les aide à s’orienter, je les pousse à trouver une formation et un métier. »

Equipe de l'UD FO 90 mars 2017 avec Michelle Biaggi

Equipe de l’UD FO 90 mars 2017 avec Michelle Biaggi

Face à tant de bonne volonté, les camarades de l’UD FO 90 prévoient de canaliser l’énergie de Régine en la recentrant en 2018 sur certaines missions : « Elle va nous aider en s’occupant des nouveaux arrivants et pour le conseil juridique, prévoit Eric Peultier. Pourtant, ajoute-t-il, elle doit encore progresser et pour cela, je pense qu’elle doit prendre plus de recul vis-à-vis de son patron et se détacher de son entreprise qui l’accapare beaucoup. »

Titiller les collègues pour déclencher le débat

Riche de ces neuf ans d’activité syndicale et sociale et malgré un emploi du temps chargé, Régine est toujours deux à trois jours par semaine sur son poste de travail de préparatrice de commandes chez Rapala à Bourogne. Comment en effet défendre ses collègues sans partager leur quotidien ? Sur le terrain encore, elle est toujours fiable, attentive et jamais à court d’astuces personnelles pour faire passer un message ou détendre l’ambiance. « Régulièrement, je mets des messages sur mon chariot, bien visible de tous. Ca peut-être  un rappel des consignes de sécurité quand je vois que certains rechignent à mettre leurs chaussures de sécurité, ou bien c’est un proverbe ou une citation pour les faire réagir sur l’actualité par exemple ». Et ça marche : les collègues ainsi titillés, se rapprochent d’elle pour donner leur avis et débattre à brûle-pourpoint.

Un profil de leader… du social

Sociable, à l’écoute, douée d’empathie et au caractère de leader… Ce sont les qualités que Régine Dupaty s’est vue révélées par le bilan de compétences qu’elle a réalisé il y a quelques mois auprès du CIBC* du département. Son profil s’inscrit clairement dans le social. Si elle n’avait pas d’objectif précis en faisant ce bilan, la démarche traduit tout de même la volonté d’aller plus loin, pour valoriser ce que ce parcours de près de dix ans comme représentante du personnel lui a permis de révéler et de développer comme compétences. « Avec le Fongecif, je vais m’inscrire au DU Dialogue social qui vient d’être créé à Nancy par l’Institut régional du travail. » Des connaissances et de nouvelles rencontres en perspective donc. Elle verra bien ce qu’elle en fera ; à coup sûr ce sera pour une activité au service des autres.

 

Philippine Arnal-Roux

 

CIBC : centre interinstitutionnel de bilan de compétences.