Les différentes formes de reconnaissance des compétences des mandatés

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Jean-Paul Vouiller, délégué syndical national CFTC Hewlett-Packard enterprise

Si les syndicats permettent une montée en compétences de leurs représentants – de manière informelle par le biais de l’exercice de leur mandat, ou par la formation — , les compétences acquises restent difficiles à faire reconnaître sur le marché du travail et par les entreprises.

C’est ce qui ressort de la table ronde « Leader et après ? Quelles sont les compétences qui font un secrétaire de CE, de CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), ou un patron de syndicat ? », organisée par Miroir social et Trouver une formation CE le 16 décembre 2016. Celle-ci s’est tenue lors d’un colloque organisé sur le thème « De la loi [du 17-08-2015 relative au dialogue social et à l’emploi] à la réalité : quels sont les dispositifs pour valoriser l’expérience des représentants du personnel ? »

Chasser les talents parmi les élus du personnel

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Sébastien Crozier président CFE CGC chez Orange

En entreprise, certains responsables syndicaux adoptent une organisation permettant de développer les talents des représentants du personnel. C’est ce qu’explique Jean-Paul Vouiller, délégué syndical national (CFTC) Hewlett-Packard Enterprise : « Nous avons créé une liste de 50 compétences que les élus rejoignent selon leurs appétences. Ainsi, nous créons de véritables réseaux de spécialistes. Cela représente une véritable valeur ajoutée pour nous, et permet de faire monter les gens en compétences », dit-il. De son côté, Sébastien Crozier, président CFE-CGC Orange, adopte une autre approche : débusquer les talents sans attendre qu’ils viennent à lui par le biais de son réseau.

« Chez Orange, les syndicats gèrent 2 millions d’euros d’activités sociales et culturelles, une mutuelle, 4 milliards d’euros d’encours d’épargne salariale… Il nous faut de vraies compétences sur ces sujets. » Ainsi, selon lui, ce sont parfois les syndicats qui valorisent des talents que les employeurs ignorent : « Nous étions en retard sur le digital, et nous sommes allés voir un garçon très compétent – dont la direction ne reconnaissait pas les savoir-faire – et il a créé un groupe Facebook qui regroupe aujourd’hui 5 500 salariés ! »

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Christine Fontaine secrétaire CE FO Institut Gustave Roussy

Mais la montée en compétences peut également passer par la formation professionnelle. Christine Fontaine, secrétaire (FO) du CE de l’Institut Gustave Roussy, met en avant sa propre démarche pour professionnaliser son activité syndicale. « J’ai essayé de mettre en place tous les savoirs nécessaires à la tenue de ma fonction de secrétaire de comité d’entreprise. Je suis allée à l’École des cadres, j’ai suivi une formation sur le management à l’université Paris-Dauphine avec un volet dialogue social… »

Anne-Juliette Tillay, secrétaire de l’Union départementale 75 de l’Unsa, de son côté, explique que son syndicat organise régulièrement des formations pour les militants et demandeurs d’emploi. « J’ai notamment mis en place une formation juridique pour les représentants qui ont besoin de ce type de compétences. Elles sont données par le Cnam », dit-elle.

La difficile reconnaissance des parcours syndicaux

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Christophe Doyon DG de Secafi

Pour Christophe Doyon, directeur général du cabinet de conseil Secafi, les représentants syndicaux ont souvent peur, à la fin de leur mandat, d’être pénalisés dans leur carrière et ont des difficultés à se repositionner dans l’entreprise, ce qui freine les appétences syndicales. « Dans la majorité des entreprises aujourd’hui, il n’est pas simple de faire reconnaître son parcours. Or l’enjeu déterminant est de faire admettre que de vraies compétences sont développées dans le cadre des mandats syndicaux, et peuvent être utilisées dans d’autres fonctions : porter des convictions, dialoguer, argumenter...

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Anne-Juliette Tillay secrétaire de l’UD 75 de l’Unsa

Le constat que nous faisons c’est qu’à la fin de leur mandat, les anciens représentants syndicaux réussissent mieux à rebondir dans une nouvelle entreprise que dans l’ancienne », dit-il.

Diego Melchior, jeune secrétaire général de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT, estime qu’ « on ne peut pas prendre des mandats syndicaux à la trentaine et se dire que l’on va faire cela toute sa vie. Il faut donner sa place aux autres. Pour ma part, je voudrais un jour reprendre mon métier, qui est le conseil RH ». Le tout étant, bien sûr, de rebondir… C’est pourquoi il juge important de construire un réseau pour les militants syndicaux.

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Anne-Juliette Tillay, secrétaire de l’UD75 Unsa et Diego Melchior, secrétaire général de l’union réfionale interprofessionnelle CFDT.

« L’idée est de leur dire : « Est-ce que vous savez utiliser les compétences que vous avez accumulées au cours de vos mandats ? ». Cependant, ne nous voilons pas la face : il y a bien des portes qui sont définitivement fermées une fois que l’on a fait du syndicalisme. »

Aurélie Gerlach

article publié sur le site Actualité de la formation, site d’information de Centre Inffo

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