« On va chercher l’information nous-mêmes » Loïc, secrétaire de CE

Loïc a 21 ans, étudiant, salarié à mi-temps dans le magasin Marks and Spencer de La Défense et est secrétaire de CE depuis peu. Entre envie de rendre service et besoin permanent d’informations nécessaires à son mandat, comment arrive-t-il à mener tout de front ?

marksandspencer_ la défense - DUP - élections professionnelles« Je ne me vois pas faire mon boulot et repartir chez moi : j’ai besoin de m’investir, sinon je m’ennuie vite, explique Loïc Chabanol simplement. Je me suis toujours intéressé aux luttes syndicales, mais de loin ; alors, quand au moment des élections on a manqué de candidats, j’ai accepté de me présenter, pour rendre service ». Au pied levé, Loïc se jette à  l’eau, malgré son mi-temps qu’il assure depuis deux ans au magasin Marks and Spencer de La Défense et ses études en master II de traduction. Il accepte de passer de suppléant à titulaire sur la liste sans étiquette présentée aux élections du comité d’entreprise en octobre 2015.

Des salariés aussi exigeants envers leurs élus que peu concernés

Si la direction s’est pliée à l’obligation d’organiser des élections du personnel, elles ne se sont pas passées tout à fait en règle : la faute au manque de candidats, à l’absence de syndicat et aux carences en informations sur la réglementation, suppose aussi Loïc. « Le dépôt des candidatures a été un peu brouillon, les délais trop courts et le manque de communication sur les élections n’a pas été en faveur de la participation. En plus, il n’était pas possible de voter par procuration : les salariés des quatre magasins devaient se déplacer à La Défense. » Un obstacle en effet pour la participation qui s’est élevée entre 15 et 20 %. Il faut dire cependant que le choix n’était pas très diversifié avec au menu : une liste sans étiquette et un candidat indépendant. Ainsi, entre les salariés qui exigent des représentants du personnel qu’ils règlent tous les problèmes et le modeste résultat des élections, le jeune homme mesure la complexité de son nouveau rôle. D’autant plus que depuis cet été 2016, par un concours de circonstances, il a été propulsé secrétaire du CE, en DUP, pour représenter 150 salariés, soit deux fois plus qu’il y a un an (ouverture de deux autres boutiques entre temps).

La direction pense que nous apportons des problèmes

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Loïc Chabanol, 21 ans est jeune secrétaire de CE, investi dans son entreprise en parallèle de ses études.

Mais Loïc n’est pas pour autant découragé. Sitôt élu, la première action du CE a été d’organiser un sondage pour connaître les attentes des salariés en matière d’activités sociales et culturelles, puis les réclamations sont arrivées (erreurs récurrentes sur les feuilles de paies, incivilités, fonctionnement du magasin, etc.) et les élus sont entrés dans le cœur de leur mission. « Au début, la direction nous considéraient comme un moyen ou un intermédiaire pour communiquer auprès des salariés. A présent, comme on a montré qu’on était là pour représenter le personnel, ils nous voient plutôt comme des personnes qui apportent des problèmes », constate sobrement le jeune élu qui prend son rôle à bras-le-corps malgré son contrat à mi-temps, ses responsabilités de chef de caisse et ses études à assurer par ailleurs. Il est pourtant le seul du bureau à n’être pas aux 35 heures. Il a d’ailleurs accepté, à la demande de la direction, d’assurer son mandat, soit 20 heures, en partie en dehors de ses heures de travail.

Trois mois pour obtenir un local, neuf mois pour le téléphone

Après les élections, avec une direction aussi novice que les élus en matière de représentativité, les choses se mettent en place doucement : une première réunion a lieu un mois plus tard et le bureau du CE se bat pendant trois mois pour enfin obtenir un local digne de ce nom. Difficile en effet d’aménager un lieu de travail dans des magasins où chaque mètre carré est déjà utilisé. Il faudra ensuite pas moins de neuf mois pour avoir du matériel dans ce local, un téléphone, un ordinateur et une imprimante, une adresse e-mail et un panneau d’affichage dans un couloir de passage. Un an après, les choses semblent s’être mises en place avec une réunion qui se tient tous les mois, une première partie étant consacrée à la délégation du personnel, une deuxième aux missions du comité d’entreprise, explique Loïc Chabanol qui s’occupe lui-même du procès-verbal de réunion. Et le CHSCT ? « Il sera élu plus tard, le temps que nous nous renseignions sur les conditions à respecter. »

Rechercher des informations par nous-mêmes

S’informer, se renseigner sur les droits des élus du personnel, avant ou en même temps que les droits des salariés : c’est toute une démarche volontaire à laquelle Loïc s’est attaché avec son équipe, face à une direction qui n’a pas l’air beaucoup plus au courant que lui. « Quand on veut savoir quelque chose, on va la chercher nous-mêmes, dans les textes de loi et les sites spécialisés », explique le secrétaire de CE. « Nous avons demandé timidement à faire la formation obligatoire du CE, mais nous n’avons pas encore obtenu l’autorisation. Notre budget de fonctionnement n’est que de 5 000 euros environ. Il faut trouver le temps, mais c’est tout de même possible, estime Loïc Chabanol. J’ai beaucoup appris par moi-même, mais je regrette de ne pas avoir plus de temps à consacrer mon mandat : concrètement, 6 heures sur 20 par mois. » Se syndiquer ne serait-il pas la solution pour se faire aider ? « Je l’ai vaguement envisagé mais je ne le souhaite pas. Pour l’instant, j’aimerais surtout trouver un service d’aide juridique pour assister les salariés. »

« Nous ne sommes pas concernés. En tout cas, pas pour l’instant. »

« Je rassure les clients qui viennent me voir au magasin pour savoir s’il va fermer. Nous ne sommes pas concernés. En plus, les fermetures ne sont pas prévues avant un an », précise Loïc Chabanol, secrétaire de CE de 4 magasins et 150 salariés de Marks and Spencer à Paris. Il représente en effet les employés qui font partie de magasins en franchise, appartenant à un même propriétaire. Cependant, il reste attentif aux événements et a demandé aux syndicats des magasins en gestion directe de lui transmettre les informations relatives à ces restructurations. De plus, lors de la réunion de la DUP du 1er décembre 2016, il a demandé à l’employeur des précisions sur ses propres intentions. En effet, si Marks and Spencer ferme des magasins, notamment de vêtements, mais aussi d’alimentation, c’est à cause du manque de succès de ses produits, ce qui ne présage rien de bon pour les autres magasins, y compris en franchise. « Je ne m’attends pas à avoir beaucoup plus d’informations et j’ai bien peur en effet que nous ne soyons les prochains sur la liste ».

 

Philippine Arnal-Roux
Mis à jour le 1er décembre 2016

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