« Se former, c’est être à la hauteur pour défendre les collègues » Pascal Delayen, DP

L’engagement militant de Pascal Delayen est né il y a 17 ans, en 1999, quand il travaillait dans une entreprise de transport à Roissy. Il prend d’abord conscience que « le patron semble vouloir placer les gens comme il l’entend » ; puis avec le passage aux 35 heures, qu’aucune élection professionnelle n’a jamais été organisée dans cette société qui emploie alors 70 personnes.
Pascal Delayen_Martin Brower Beauvais_formation CE, formation DP, formation CHSCTSon désir d’aider et de représenter les collègues titille Pascal, qui s’interroge et décide spontanément d’aller à la Maison des syndicats où il adhère à la CFDT, « parce que ce sont les seuls qui m’ont reçu ! ». Dans la foulée, il se présente comme délégué du personnel et profite de chaque formation que le syndicat lui propose, lisant avec intérêt le magazine militant qu’il reçoit tous les mois. « J’avais envie d’apporter des choses aux gens. Pas d’être leur avocat bien sûr, mais au moins d’être à la hauteur pour les défendre ». Il ne sera pas élu, mais sans rancune, il poursuit sa vocation naissante. Dans les différentes entreprises où il travaille ensuite, la représentativité des salariés n’est pas plus respectée : dans l’une, le budget des activités sociales et culturelles est élaboré par le DRH, dans l’autre l’absence de comité d’entreprise et d’élection professionnelle ne semble pas poser de problème aux salariés…

Profiter des formations proposées par le syndicat

Arrivé chez Martin Brower, en parallèle de son poste de chef d’équipe, Pascal Delayen devient rapidement délégué syndical puis délégué du personnel sur le site de Beauvais qui compte une centaine de salariés sur les 800 qu’emploie en France  cette société d’origine américaine. « Une entreprise nickel au niveau réglementaire » constate de manière globale le DS, qui sent qu’il a tout de même son rôle à jouer. Ainsi, quand le délégué syndical central CFE-CGC Snatt (syndicat national des activités du transport et du transit) de l’entreprise lui propose de lui céder son mandat, Pascal n’hésite pas à changer d’étiquette et à se lancer dans la négociation des accords en cours : tant que c’est pour continuer à défendre ses collègues !

Depuis toujours, il a bien compris l’intérêt de l’appui de l’organisation syndicale et participe à tous les stages possibles pour engranger des connaissances : formation en négociation, en argumentation, formation pour écrire un tract, pour créer une section syndicale, etc. Il pousse les autres militants à faire de même : « Je considère que se former en tant qu’élu du personnel est indispensable. Comment peut-on se retrouver face au patron ou au DRH sans y être préparé ? Il est formé lui ! Il faut comprendre son rôle de représentant du personnel et savoir de quoi on parle » affirme-t-il. D’ailleurs, ce qu’il préfère c’est la négociation et la NAO (négociation annuelle obligatoire) en particulier.

« Ecouter chacun, quelle que soit son étiquette syndicale »

Au quotidien, Pascal Delayen circule jour et nuit dans les locaux de l’entreprise à la rencontre et à l’écoute des salariés. « Nous faisons un métier difficile, avec des horaires de nuit. Quand on est délégué du personnel, on voit toute la misère humaine, des salariés malades, en burn out, en difficulté familiale, poussés à la démission, etc., résume le DP. Je suis là pour écouter chacun, quelle que soit son étiquette syndicale ; et on m’apprécie pour cela. Je défends les salariés, mais j’essaye aussi d’avoir plusieurs versions d’un événement, en dialoguant avec le patron par exemple. Ce n’est pas toujours facile d’établir cette relation, car dans notre société, le directeur change tous les trois ans environ. » Dans ce secteur d’activité où les salaires sont bas et les conditions de travail difficiles, Pascal reçoit aussi beaucoup de mails de salariés qui se plaignent d’un manque de reconnaissance au quotidien. « A quoi bon être augmenté si on n’est pas respecté dès 6 heures du matin ? » entend-il souvent.

Des élus du personnel mal formés

Ces demandes, Pascal les fait remonter tous les trois ou quatre mois à la direction et en tient compte dans son discours auprès du patron et des salariés. Expliquer, rassurer, argumenter,… autant de compétences et de qualité qu’il a développées et qu’il cultive en suivant des formations. Convaincu de leur utilité, Pascal Delayen, par ailleurs trésorier adjoint du comité d’entreprise et responsable de la formation des élus du CE, a pris à bras-le-corps ce problème de manque de connaissances qu’il constate depuis des années auprès de ses collègues représentants des salariés. « Ils sont globalement mal formés. Quand on voit toutes les nouvelles lois (Macron, Rebsamen, El Kohmri…) et ce qu’elles impliquent comme changements, la diminution du nombre de mandats qui complique notre mission… Je souhaite organiser une formation commune des élus CE et CHSCT pour qu’ils soient bien préparés. » Pascal Delayen prend un exemple concret : « Pour écrire un courrier par exemple, il ne faut pas le faire seul, il vaut mieux le faire relire. Et pour cela il faut plusieurs personnes compétentes dans le comité d’entreprise. » Il a ainsi fait appel à un organisme de formation privé spécialisé dans la formation des élus du CE et des DP (formation CE, formation loi Rebsamen, formation comptes de l’entreprise, formation CHSCT, etc.) pour mettre en place un jour de formation collective tous les trois mois.

La formation, pour préparer son avenir

Pascal Delayen va même plus loin dans son raisonnement : « Le mandat, ce n’est pas toute une vie. L’expérience et la formation qu’il apporte peuvent servir pour après, pour son avenir, après le mandat, dans le cadre d’une reconversion par exemple. » Son avenir à lui, le DP le prépare ainsi tous les jours et son investissement personnel est désormais récompensé. Il siège à l’OPTL, l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans le transport et la logistique (OPTL), institution paritaire chapeautée par l’Opca Transports et Services et depuis 2012, douze jours par an, il y est négociateur national au niveau de sa branche, dans les commissions paritaires Formation, Sanitaire et Logistique. Ces mandats valorisants ne l’éloignent pas de sa mission locale, il s’applique aussi à transmettre son savoir-faire à deux nouveaux délégués du personnel, motivés pour prendre le relais. Prochaine étape ? Il aimerait devenir conseiller du salarié et peut-être aussi conseiller prud’homal.

 

Philippine Arnal-Roux

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