Situation de crise : comment réagir en tant que membres de CHSCT ?

Quand les attentats de novembre 2015 à Paris sont survenus, c’est une vague de pression et d’anxiété qui s’est abattue sur les travailleurs parisiens et leurs représentants, en particulier ceux de la Mairie de Paris et leurs membres de CHSCT. Que peut leur apporter le recours à un expert CHSCT ?  

CHSCT et attentats du 13 novembre 2015

Comment réagir en tant qu’élu du personnel lors d’une situation de crise ?

« Après les attentats, en tant qu’élus du personnel, membres de CHSCT, nous sommes allés à la rencontre des agents des mairies du 10e et du 11e arrondissements. Dans le même temps, une cellule psychologique a été mise en place par la Mairie de Paris », raconte Catherine Albert, membre de CHSCT de la DDCT (Direction de la démocratie, des citoyens et des territoires). « Notre rôle était avant tout de prendre le pouls, d’écouter, d’observer et de faire remonter les informations. Malheureusement nous n’avons pas pu rencontrer tout le monde : au service « état civil » par exemple, avec tous ces décès, ils avaient beaucoup trop de travail pour nous recevoir ».
Courant 2015, le CHSCT de la Mairie de Paris avait fait appel à un cabinet d’expertise pour mener une enquête sur les risques psychosociaux. Avec les attentats, le cabinet s’est retrouvé face à de nouveaux paramètres : « Les élus du personnel au CHSCT doivent d’abord digérer les événements, se réunir, échanger entre eux pour renforcer l’écoute en général et savoir quels moyens mettre en œuvre pour prévenir, protéger les agents et le public » préconise Pascale Favier, intervenante chez Aliavox, cabinet d’expertise CHSCT.

Difficile de mettre en place une formation spéciale « attentats »

« Nous avons intensifié notre compréhension des événements au regard de l’impact sur nos clients et de leurs salariés. Vis-à-vis des agents de la Mairie de Paris, il y a une complexité et une intensité de travail énorme, accentuées par la confrontation avec le public. Cependant, on ne peut pas imaginer mettre en œuvre un suivi ou une formation spéciale pour ce genre d’événements » explique l’experte. En effet, continue-t-elle « la balle est plutôt dans le camp des décideurs : que vont-ils décider et quelles conséquences ces mesures de contrôle ou de surveillance vont-elles avoir sur les agents et le public… Une fois les décisions prises, les IRP seront informées et consultées et c’est à ce moment qu’elles pourront nous solliciter pour les aider à donner un avis. »
Même discours du côté d’un autre expert en prévention des risques professionnels : « Il n’y a pas de formation spécifique à mettre en place après de tels événements à part une formation de gestes de premiers secours ou de gestion de crise » ; sachant que la notion de crise recouvre nombre de cas particuliers : le décès d’un ouvrier en usine, un suicide, l’infarctus d’un collaborateur après une dispute entre collègues, etc.

La demande d’intervention de l’expert CHSCT est généralement paritaire

Au moment des attentats de Paris, les cabinets d’experts en santé au travail et en risques psychosociaux ont été sollicités par plusieurs entreprises dont les salariés étaient directement ou indirectement touchés. « Quatre de nos psychologues ont été réquisitionnés par les services de l’Etat et parce que nous travaillons en partenariat avec plusieurs établissements hospitaliers et cliniques en région parisienne, il a fallu absorber le pic de demandes et d’activité pendant une dizaine de jours » décrit Jean-Claude Delgènes, directeur général de Technologia, cabinet spécialiste de la prévention des RPS. « La demande d’intervention que nous recevons est généralement paritaire, conjointe entre la DRH et le secrétaire du CHCT, pour traiter des cas particuliers et collectifs. »

Ecouter, passer la parole pour exprimer l’émotion

Le dirigeant décrit les profils des personnes à prendre en charge en cas d’attentats : les gens travaillant à proximité des lieux des événements et qui ont subi des tensions importantes (à Paris et Saint Denis) ; ceux qui connaissaient une personne victime des attentats ou encore les gens qui avaient peur de prendre le métro ou d’aller au travail. Le cabinet qui se déplace pour prendre en charge les salariés commence par écouter les gens exprimer leur angoisse et organiser des groupes de paroles, car « vivre ces événements peut ramener en surface d’autres vécus et un stress post traumatique ». Le psychologue est là pour faire passer la parole, pour donner un cadre à l’expression de l’émotion, pour organiser le partage de ce moment collectif indispensable ; mais aussi pour que la rencontre en groupe se passe bien et qu’il n’y ait pas de débordement.

Faire preuve de tolérance vis-à-vis des collaborateurs

« Nous avons eu à intervenir dans un cabinet qui a perdu quatre apprentis comptables dans l’un des attentats, mais aussi dans un lycée dont l’un des élèves a été tué. Dans ces cas, nous conseillons à la direction de faire preuve d’une certaine tolérance vis-à-vis des collaborateurs : permettre plus de jours en télétravail, laisser plus de moments libres pour parler entre eux, mais aussi assurer le deuil,  aller aux obsèques et organiser les détails logistiques » explique le DG du cabinet spécialisé dans l’évaluation et la prévention des risques professionnels. Dans ces moments-là, les experts conseillent la direction sur la manière d’agir après l’événement : comment communiquer auprès des salariés, comment accueillir les familles, leur remettre les effets personnels des personnes victimes, permettre aux salariés de se réunir et de manifester leurs émotions, etc. « Il faut passer ce cap d’humanité en évitant les faux-pas comme les contrôles intempestifs à l’entrée de l’entreprise ou les confrontations de personnes qui rejaillissent souvent dans ces moments d’émotion » poursuit le consultant.

Qu’est-ce qu’un bon membre de CHSCT ?

Pour les professionnels de la santé au travail, le bon membre de CHSCT est celui qui sait où s’arrête ses compétences et qui ne s’aventure pas dans des zones qu’il ne maîtrise pas. Les membres du CHSCT doivent approfondir leurs connaissances sans cesse, mais doivent faire confiance à des tiers pour intervenir sur des sujets pointus. Il est par exemple déconseillé à l’élu du personnel d’intervenir individuellement auprès des salariés. « Il suffit qu’il y ait des rancœurs personnelles, des reproches, des relations pas toujours cordiales entre les personnes pour que l’intervention du mandaté tourne au désastre » précise un expert du suicide au travail. L’intervention d’un tiers est donc la meilleure solution dans une situation de crise, il apporte le calme, le recul et la distance nécessaires.

 

Philippine Arnal-Roux

Consultez les formations en lien avec cet article :