« Les acquis du militantisme sont transférables », Christine Millet, formatrice syndicale

Fusion des régions oblige, le renouvellement des mandats de responsables régionaux de la CFDT a été repoussé au mois de juin 2017. Un an de plus donc pour Christine Millet qui prépare depuis quelques temps déjà son retour dans un poste de travail, après deux mandats passés à 100 % au service de la formation des militants.

 

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Christine Millet, permanente CFDT, en charge de la formation des militants de Midi-Pyrénées.

Permanente depuis 10 ans à la CFDT, Christine Millet se prépare à quitter son mandat de responsable régionale de la formation syndicale en Midi-Pyrénées. Elle qui incite depuis des années les militants à se former pour préparer l’après-mandat, a obtenu la validation totale de sa VAE militante et le diplôme universitaire de formatrice et responsable de formation. De quoi s’ouvrir des portes.

« Aider à l’émancipation des adultes, c’est émouvant »

Institutrice pendant 24 ans, Christine Millet a rencontré tôt le syndicalisme, se rapprochant de la CFDT par affinités et bénéficiant de formations syndicales, comme celle d’animatrice de formation de militants. « Je ne comptais pas m’engager dans le militantisme. Mais quand j’ai suivi cette formation d’animatrice, je me suis tout de suite dit que si je devais un jour donner un coup de main, ce serait là, dans la formation » se souvient-elle. Petit à petit, l’enseignante a pris des responsabilités syndicales, et a continué de se former, notamment à l’ICEFS (Institut confédéral d’études et de formation syndicales) où elle est devenue conceptrice de programmes et s’est mise à développer des outils de formation pour sa région. Elle s’auto-forme également beaucoup en utilisant internet et en menant une veille pédagogique active. Sa prédisposition à l’enseignement se confirme donc au-delà même de son métier : « Quand il s’agit d’enfants, transmettre les savoirs et contribuer à leur émancipation va de soi, c’est ‘normal’. Mais je trouve que quand il s’agit de transmettre et d’aider des adultes à s’émanciper, c’est beaucoup plus émouvant. C’est ce que j’aime faire » explique celle qui n’a plus rien à prouver dans ce domaine… et pourtant.

VAE militante. « Je devais leur démontrer que c’était faisable »

Si le parcours de Christine Millet est logique et s’est orienté de manière naturelle vers un mandat de responsable de formation syndicale, elle a choisi de mener une validation des acquis de l’expérience militante, aboutie en 2010, en parallèle de la mise en place par lIRT de Toulouse du dispositif d’accompagnement de la VAE militante. « Je l’ai faite pour moi-même et pour ma reconversion potentielle, mais aussi pour montrer aux militants que c’est possible et que les acquis du militantisme sont transférables » confie-t-elle. « Je devais la faire pour pouvoir leur dire et leur démontrer que c’était faisable. En plus, la loi Rebsamen prévoit que les compétences des militants soient reconnues, ce qui passe essentiellement par le syndicat. Il ne s’agit plus aujourd’hui d’atteindre des objectifs de formation mais d’apprendre à nos militants que leurs acquis représentent des compétences transférables. » Or, si la VAE militante et beaucoup d’autres outils sont déjà à leur disposition, c’est la volonté et la motivation qui manquent souvent, regrette Christine Millet.

 

Ecrire les mots vrais sur son expérience de militant

« Entre leur niveau initial et le niveau à valider, ils s’aperçoivent souvent qu’ils peuvent viser deux niveaux au-dessus et ça les fait paniquer. Je leur conseille alors d’y aller par pallier, pour prendre confiance en eux. Mais beaucoup abandonnent, par manque de confiance, de volonté et de sens des priorités. C’est vrai qu’il faut sacrifier du temps personnel pour y arriver, mais aussi du temps syndical. » Et c’est là que l’organisation syndicale a un rôle à jouer, en mettant du temps à la disposition de ses militants. Christine Millet a pour sa part obtenu trois fois une semaine de son syndicat pour préparer le mémoire de sa VAE.
Pour la responsable de la formation des militants CFDT de Midi-Pyrénées, l’intérêt de la VAE a bien été saisi par les syndicalistes, c’est le passage à l’acte qui est plus compliqué à mettre en œuvre. Elle l’a donc menée jusqu’au bout. Première étape : concrétiser son projet, mener un bilan de compétences pour exprimer clairement ce que l’on sait faire, voir s’il existe des correspondances en cherchant dans le registre national des compétences professionnelles (RNCP) et écrire les mots vrais pour trouver le métier correspondant et les diplômes nécessaires pour y accéder. « Pour ma part, ce temps de réflexion, de confrontation et de maturation a duré autant qu’une grossesse ! » constate Christine Millet.

 

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Christine Millet. CFDT Midi-Pyrénées

Justifier de chacune de ses compétences

Ensuite, la procédure est lancée : une fois le ou les diplômes identifiés, il faut déposer le dossier de candidature auprès de l’organisme de formation, suivi d’un premier entretien de recevabilité où l’on présente ses objectifs de VAE par rapport à son expérience. Si cette étape est franchie avec succès, il est temps de s’attaquer au plus gros du travail : rédiger un mémoire si l’on prépare un master ou un dossier très complet pour les niveaux inférieurs. « Ce dossier est en mode narratif. Il s’agit de raconter son parcours, de détailler son expérience et de justifier chacune de ses compétences. Les annexes doivent comprendre tous les justificatifs : PV de réunions, modèles de conventions, etc. » explique la cadre militante. Le candidat à la VAE a droit également à une douzaine d’heures d’accompagnement et de suivi avec un universitaire, malheureusement pas toujours disponible. « Mon tuteur désigné a refusé de me suivre sous prétexte qu’il n’avait pas le temps » déplore Christine Millet qui a su trouver la ressource pour parvenir au bout de son mémoire et atteindre la dernière étape : la présentation au jury.

 

La VAE militante, l’une des solutions à la crise des vocations ?

Officiellement composé d’universitaires et de professionnels issus du secteur privé, ce jury cristallise nombre de critiques de militants, constatant souvent une composition majoritaire d’universitaires, ayant peu de connaissances du parcours des syndicalistes et peu d’estime semble-t-il aussi. Malgré cela, Christine Millet, à force d’explications et de démonstrations de ses réalisations militantes, a remporté la VAE totale, repartant avec le master de formatrice et de responsable de formation, prête à poursuivre sa bataille pour la transmission des savoirs. « C’est extraordinaire tout ce que l’on peut apprendre en tant que syndicaliste. Ce savoir, il faut pouvoir le transférer. Si j’ai obtenu ce diplôme, c’est à 20 % grâce à mon expérience professionnelle, à 80 % grâce à mon expérience militante. » A la CFDT comme dans les autres organisations syndicales, les questions du renouvellement générationnel et de l’incitation des jeunes à prendre des responsabilités sont prégnantes. Malgré son maigre succès, la VAE militante apparaît comme l’une des réponses possibles à promouvoir.

 

Philippine Arnal-Roux

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