VAE militante. 26 candidats en 6 ans : doucement mais sûrement

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Yannick LeQuentrec directrice de l’IRT Toulouse. Photo : La Dépêche du midi

Yannick Le Quentrec, sociologue, chercheuse et directrice de l’IRT de Toulouse, a mis en place un dispositif unique de soutien personnalisé à la VAE militante. 26 candidats s’y sont essayés depuis 2009. Malgré les chamboulements institutionnels dans les régions, elle espère reconduire et pérenniser l’expérience.

La loi de 2002 qui instaure le droit individuel à la validation des acquis de l’expérience a déclenché chez les syndicats un enthousiasme se traduisant par des demandes de recherches et d’études auprès d’institutions comme l’IRT de Toulouse. « Les syndicats nous ont demandé de travailler sur la VAE militante, dans le but de montrer la richesse de l’expérience des militants, de leur ouvrir des perspectives de certification et, de manière plus générale, de trouver les arguments qui attireront une nouvelle population de militants vers le syndicalisme : plus jeune et plus féminine » résume Yannick Le Quentrec, sociologue et directrice depuis 2013 de l’IRT de Midi-Pyrénées. Depuis, l’euphorie des syndicats autour de ces questions est progressivement retombée, mais le dispositif a tout de même été mis en place et a porté ses fruits. Ainsi, en 2009, Yannick Le Quentrec, alors chercheuse sur le syndicalisme et en charge à l’IRT d’organiser des formations répondant aux préoccupations syndicales, a mis en place une expérimentation, soutenue jusqu’ici par le Conseil régional de Midi-Pyrénées et par la Direccte.

Collectif de pairs et solidarité de groupe

« Le dispositif repose sur un triptyque, explique l’initiatrice du projet. Dans un premier temps, tous les quatre mois, les militants volontaires sont réunis entre eux. Le but est de mettre en commun les expériences, les interrogations de chacun, les problèmes rencontrés et de mutualiser les informations. L’idée est qu’au sein de ce collectif de pairs, chacun puisse parler de sa situation, de ses attentes et bénéficier ainsi d’un appui personnalisé et bienveillant ». Cette première phase, Yannick Le Quentrec y tient particulièrement, car en activant cette « relation horizontale » et la solidarité de groupe qui s’en dégage, elle « protège les militants des agressions extérieures » auxquelles ils doivent parfois faire face en se lançant dans une démarche telle que la VAE. C’est ainsi que certains d’entre eux se sont retrouvés devant un jury d’universitaires intransigeants, incrédules et hautains face à leur parcours, mais surtout ignorants de ce que peut représenter l’expérience d’un militant syndical. D’où l’intérêt des deux autres phases qui consistent à faire se rencontrer les différents acteurs institutionnels de la VAE et à faire bénéficier les candidats de ce réseau constitué autour d’eux et pour eux.

La sensibilisation des acteurs de la VAE à la situation des militants

La deuxième et la troisième phases se déroulent en parallèle. Après chaque réunion de militants, un comité de pilotage coordonné par l’IRT de Toulouse se réunit pour examiner et débattre de la situation de chacun des candidats, au regard de son parcours. Composé de représentants des trois organisations syndicales CGT, CFDT, FO ; des financeurs ; des certificateurs et de cellules VAE d’universités locales, ce comité constitue un véritable réseau qui sera utile ensuite aux militants engagés dans la VAE, en leur proposant des solutions sur-mesure si besoin. Il constitue également un lieu d’échange et de réflexion entre les acteurs de la VAE qui ne se connaissent pas toujours, mais aussi un espace de sensibilisation de ces représentants d’institutions à une démarche personnelle qui est malgré tout encore mal connue et reconnue.

Pérenniser le dispositif d’accompagnement à la VAE militante

En parallèle du comité de pilotage, chaque candidat-militant est reçu individuellement par le CIBC de son département, le centre interprofessionnel des bilans de compétences, pour des entretiens personnalisés d’orientation. Sur les 26 militants candidats à la VAE, pris en charge par l’IRT depuis 2009, 23 ont identifié une certification susceptible de valider leur parcours, dont 13 ont vu accepté leur livret de recevabilité. Soit 86 % de ceux qui l’ont présenté. Parallèlement neuf ont abandonné la démarche pour cause de plan de licenciement dans leur entreprise, d’accession à un nouveau mandat ou de difficultés familiales et sept ont réalisé une « VAE totale ». Ces résultats sont à la fois faibles et remarquables, à l’échelle de la région et au regard du parcours du combattant que représente la démarche.

A ce jour, Yannick Le Quentrec doit trouver les partenaires financiers permettant de pérenniser ce dispositif d’accompagnement à la VAE militante en recrutant une personne qui pourra s’y consacrer. Si la dirigeante de l’IRT est confiante par rapport à cette démarche de valorisation de l’engagement de femmes et d’hommes qui contribuent diversement à la cohésion sociale, la fusion des régions installe tout de même quelques doutes et incertitudes sur les modalités de financement du dispositif.

 

Philippine Arnal-Roux

 

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