Négociation et relations sociales : un master pour les acteurs de l’animation sociale

Le master « Négociation et relations sociales » qui réunit cadres syndicaux et cadres RH, lancé en 2008 par le DRH Gérard Taponat, fervent défenseur d’un dialogue social de qualité, affiche aujourd’hui sept promotions et 96 % d’étudiants satisfaits. Au prix d’une remise en cause personnelle et d’un travail important à fournir, les diplômés en sortent grandis et avec une éthique et une vision plus pragmatique du dialogue social.
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En arrivant sur les bancs de l’université Paris-Dauphine, chacun reste sur ses positions, méfiant, craignant de retrouver les responsables RH ou les syndicalistes de sa propre entreprise. Sans compter que certains n’ont pas touché un livre depuis 20 ou 30 ans et les plus diplômés, n’ont pas travaillé sur un texte de mémoire depuis leurs études. « Dès le premier jour, nous avons compris qu’il faudrait bosser, mais aussi que la pluridisciplinarité de cette formation allait ouvrir le champ des possibles » se souvient, encore enthousiaste, Jacques Potard, 60 ans, délégué syndical depuis 13 ans au Crédit Agricole SA et diplômé du master en 2014.

Gérard Taponat directeur du master NRS

Gérard Taponat directeur du master NRS

Comprendre et faire avancer la négociation

Qui sont ces candidats au master « négociation et relations sociales » et que viennent-ils y chercher ? Du côté RH, on trouve des patrons d’entreprise confrontés à une hyper syndicalisation et ne sachant plus comment agir. D’autres viennent pour leur développement personnel, avec 5 ou 10 ans de métier, sans expérience suffisante du terrain et désireux de comprendre les choses et d’être avec des syndicalistes. Enfin certains viennent acquérir des techniques pour faire avancer la négociation dans leur entreprise.
Côté syndical, si certains candidats viennent d’eux-mêmes vers le master, la sélection se fait plus largement par le biais de partenariats avec trois organisations syndicales (Unsa, CFDT, CFE-CGC, d’autres devraient bientôt aboutir). Dans le cadre d’un parcours du développement militant, pour attirer et fidéliser une nouvelle génération de militants, elles proposent à leurs cadres ayant 30 ou 40 ans, de suivre ce cursus. S’il est de moins en moins question de faire une carrière de syndicaliste, l’important désormais est de reconnaître leur engagement syndical comme une compétence à part entière.

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Une VAE pour accéder au master

Parmi les heureux élus du master, 34 % sont des autodidactes avec le niveau Bac, 22 % ont un Bac +2 ou +3, les autres sont au-delà*. Or pour accéder à cette formation, une licence est requise. Pour Gérard Taponat, qu’importe : il choisit une personne pour son expérience, pas pour son diplôme. Il prépare donc le dossier de VAE avec le candidat et le présente. « Le jury valide ma démarche, à condition expresse qu’on ne transige pas sur le niveau de qualité de la formation. Ce qui est le cas », explique le directeur de la formation. Le niveau d’exigence est d’ailleurs validé chaque année par des étudiants de promotions précédentes.

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« Parle plus fort on ne t’entend pas ! »

« Au début, il y avait le camp des DRH et celui des syndicalistes, mais assez rapidement on a commencé à se mélanger. Le mandat, le métier, tout est tombé. On était là pour apprendre, pour co-construire », se souvient Alain Chenaux, ancien secrétaire du CE de Sanofi. L’osmose souhaitée par Gérard Taponat, créateur du master s’est produite. Dès les premières sessions, les étudiants doivent faire leur auto-évaluation de négociateur, avec des psychologues, mais aussi par la confrontation avec les autres membres de la promotion. « C’est un travail d’humilité nécessaire, à partir duquel chacun pourra, à la fin des 14 mois, mesurer le chemin personnel qu’il a parcouru », explique le directeur du master. « En France, poursuit-il, on place des personnes comme négociateur sans leur dire comment agir. Dans le cadre du master, nous avons des délégués syndicaux qui ont beau être secrétaires fédéraux, on ne leur a jamais dit que leur manière de parler était irrecevable par l’autre partie et qu’en conséquence, une partie du message se perdait. Ou à l’inverse, ici, les responsables RH peuvent s’entendre dire pour la première fois « parle plus fort, on ne t’entend pas ! ».
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Une formation « Clé de voûte »

Dans les derniers mois du master, les étudiants doivent préparer un mémoire en groupe imposé de trois : deux DRH et un syndicaliste ou l’inverse. Le sujet doit s’inscrire dans le cadre d’une entreprise réelle, faire émerger un sujet et une méthode innovants qui se concrétisent par un projet d’accord. Un mois avant la soutenance, « l’équipage » soumet son projet à une première négociation et à la critique d’un jury de professionnels, puis aux autres membres de la promotion. Riche de ces commentaires et confrontations, le projet est ensuite retravaillé pour être présenté devant le jury définitif. Le travail est intense sur plusieurs semaines et les étudiants en sortent souvent surpris par eux-mêmes. « Le master m’a apporté des connaissances techniques, l’art de la négociation. Des connaissances qui me servent tous les jours. Cette formation est la clé de voûte de ma présentation, pas pour le diplôme, mais pour le réseau auquel j’ai pu accéder » explique Alain Chenaux, aujourd’hui consultant RH à son compte.

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Un master, et après ?

A l’issue de la formation, les étudiants sortent avec une vision différente des relations sociales, plus de confiance en soi, plus de méthode et de techniques, à tel point que plusieurs syndicalistes ont choisi de changer de costume, pour devenir consultant en relations sociales. Jacques Potard, délégué syndical au Crédit Agricole SA, considère que cette formation a agi pour lui comme un « marche-pied pour aller plus loin », comme une VAE en droit social à l’université d’Assas, un executive master à Sciences Po, reprendre de nouveaux mandats…
Pour Gérard Taponat l’important est que ce master ait ouvert les portes de l’université « à des gens qui pensaient qu’ils n’en étaient pas dignes ». Et si comme pour les diplômés venus d’Axa par exemple, les salaires n’ont pas bougé, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’au final, quel que soit le diplôme obtenu, il revient à chaque DRH de le reconnaître ou pas, de l’intégrer dans la GPEC de l’entreprise ou pas. Ce qui est sûr, c’est que la 8ème promotion s’apprête à terminer son cursus et qu’à Paris-Dauphine, la création du master « négociation et relations sociales » a ouvert d’autres portes aux syndicalistes, puisque le master MTDS « management, travail et développement social » en compte désormais un tiers, contre aucun auparavant.

 

Philippine Arnal-Roux

 

*Enquête TNS réalisée en ligne auprès des étudiants des premières promotions du master NRS, de juillet à septembre 2015. Lire l’article sur les résultats de cette enquête.